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Adieu à André Caldérer

A calderer 2Hommage de Jean Louis Démelin lors des obsèque d’André Caldérer en présence de sa famille et ses nombreux amis et moniteurs de ski.

André Caldérer s’en est allé. Doucement, entouré des siens, sans nulle souffrance, il s’est éteint porté dans le flot apaisé d’un petit ruisseau cerdan. En cet ultime jour de l’année, il vient de nous donner son dernier rendez-vous, tel une énième fantaisie dont il se régalait.

André était né à Odeillo, il y a 85 ans, à deux pas d’ici, dans une rue au nom prédestiné : la rue de la Neige.

Ses parents, Pierre, alors berger, et Marie Caldérer, avaient quitté le hameau du Puig, près de Valcebollère pour rejoindre Odeillo en quête d’une existence moins difficile. Quelques temps plus tard, la famille Caldérer, s’installe à Font-Romeu, dans une petite maison de la rue Maillol. André a cinq ans, et déjà vibre en lui le doux plaisir de l’amitié, du partage et de l’effort. Ces valeurs seront sa force. Elles l’accompagneront en s’amplifiant, au fil d’une vie jalonnée de passion, encore de passion, toujours de passion.

De cette école communale, André se découvrira une âme de montagnard élevé au bon cru de Font-Romeu. Dans cette Cerdagne natale, il ne se lasse pas d’en scruter les paysages. Il en connaît tous les détours, les noms des cimes et des vallées, des torrents et des plantes. Il pratique le ski. On le voit souvent glisser dans la neige chercher le lait à Odeillo. Il deviendra même champion des Pyrénées de descente. La montagne le gagne définitivement quand il est appelé sous les drapeaux. Direction Chamonix et l’Ecole de Haute Montagne. Deux années suffisent pour aguerrir l’homme, lui donner les compétences d’un spécialiste de l’escalade, du ski et de la randonnée. Il ne compte plus les ascensions du Mont Blanc. Il y décroche également son diplôme de moniteur. Sa carte syndicale porte le n°93, sa médaille le n°716.

De retour à Font-Romeu, André est embauché dans l’entreprise Allard. Simple ouvrier, il gravit tous les paliers d’une exigeante corporation jusqu’à devenir un conducteur de travaux reconnu. C’est là qu’il séduit Béatrix, secrétaire de l’entreprise. Il l’épouse en 1959. Avec ses amis Bernard Pomies, André Grau et Jacques Cartier, ils montent un cabinet d’architecture et participent au boum immobilier romeufontain des années 60. La réalisation du lotissement du Serpolet fera la fierté d’André. En hiver cependant, le ski et son enseignement l’occupe tout au long de la saison. Il est un moniteur apprécié de par un talent inné de pédagogue mais surtout par cette aura qu’il dégage auprès de ses élèves. Combien d’entre eux sont devenus ses amis ? Des centaines sans aucun doute ! Sa nomination à la direction de l’Ecole de ski de Font-Romeu en 1960 n’étonne personne.

Et pourtant non loin à Superbolquère, une station est en train de naître. En 1967, l’occasion d’acquérir un magasin de sports se présente. Avec Béatrix ils en rêvaient. Ensemble ils créaient Caldérer Sports, dans le bâtiment flambant neuf des Verts Sapins. La aussi, le client qui passe la porte ne se doute point qu’un ami en puissance est là pour l’accueillir. Outre pour un savoir-faire hors du commun, il doit s’attendre à rencontrer un personnage singulier, extraordinaire même ! Il va très vite s’en rendre compte. Il lui parle comme si des décennies les avaient rassemblés. Il parle tel un conteur, sa verve déborde d’humour et toujours, mais alors toujours, les mains si ce ne sont les bras accompagnent son récit. Il hoche la tête, lève un doigt, fixe les regards d’un œil malicieux. La sincérité s’installe alors, une complicité éclos. En résultent d’incontournables tintements de verres autour de tablées ouvertes à souhait. Son sens de l’observation le rend intarissable quand il affabule son entourage de surnoms hors du commun. Nous en connaissons tous un ! Lui, il est surtout reconnu comme ce bon Vieux Bouc de Caldo. À Bolquère il sera élu conseiller municipal, deux mandats durant.

Vous l’avez compris, depuis longtemps André aime les gens, festoyer avec eux, partager leur bonheur qui était aussi le sien. Partager aussi des peines et des malheurs dans une profonde empathie. Je n’ai pas souvenir de son absence à l’une des obsèque d’un Romeufontain. Mais revenons au bonheur.

Le sien, ce sont aussi ses successives expéditions dans les montagnes de la planète. En Afghanistan, au Pérou, au Cachemire, en Bolivie, en Alaska, en Islande, en Laponie... Dans ce cadre, il crée Montagnes du Monde avec Pierre Mirabal et Patrice de Bellefon. Ils accompagnent de par les plus hauts massifs les clients en mal de montagne. Heureusement André rentre toujours au pays, l’allégresse dans son sac. Et là, il continue de marcher, encore marcher, toujours marcher. Il détient une condition physique hors du commun. « Il n’est jamais fatigué », relèvent ceux qui le suivent plus essoufflés que jamais. Et que dire de cette Gitane qu’il se délecte de griller, une fois arrivé au sommet ? Une photo prise sur la cime péruvienne du Huascaran à près de 6800 mètres fige bel et bien la folle connivence qu’il a entretenue un temps avec la cigarette.

Si André est un montagnard accompli il est également un chasseur remarquable et dès ses 18 ans. Je vois des yeux briller et des souvenirs jaillir. Ses aventures cynégétiques sont légion. Là encore il parcourt les continents chasser le gibier de tout poil. Mais allez savoir, son terrain de prédilection reste le massif du Carlit et plus particulièrement ce discret cirque au-dessus du Soubiran, là où il aime tant se dissimuler, tapi dans les rocailles d’une cabane irréelle. Vous chasseurs, vous ses amis, avez tous une anecdote avec André. Une partie de chasse avec André est une sortie à la réussite annoncée. Et toujours avec ce goût prononcé de vous aider à progresser. Comment débusquer une compagnie de perdreaux ? Comment traquer l’isard ? Comment vous offrir sur un plateau le tir opportun du gibier ?

Et puis quand André troque le fusil pour la canne à pêche, soyons sûrs que le jeu en vaut la chandelle. Que de farios s’en souviennent ! Et que de troisièmes mi-temps s’en suivent ! Que de récits épiques fusent de ces improvisations spirituelles !

André te voilà parti, nous sommes tous là à te pleurer. Toi tu souris encore comme d’habitude, prêt à nous raconter ta dernière escapade, prêt à nous apaiser. Nous percevons ta voix, ton franc parler, tes onomatopées imagées, devinons ta gestuelle. Ton authenticité, ta tendresse, ton étique, ta vérité et surtout ton amour de la vie, de la belle vie que tu as vécue continueront de nous submerger.

Béatrix, Sabine, Bernard, soyez sûrs que nous serons toujours auprès de vous pour continuer à aimer cette sacrée vie. Quant à vous Clémence et Capucine, vous êtes porteuses d’une flamme que vous a transmise un grand-père en or. Elle est précieuse, entretenez-la, le bonheur ne vous quittera jamais.

Merci André pour tout ce que tu nous lègues aujourd’hui, l’immensité !

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